Le blog de Valentin

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Vaincre l'anxiété sociale

Le témoignage de Manon sur son anxiété sociale

Se reconnaître dans le témoignage de quelqu'un fait toujours un bien fou. Suite à mon article de la semaine dernière sur l'importance de parler de l'anxiété sociale, j'ai eu la chance de recevoir plusieurs témoignages très touchants. Celui de Manon m'a particulièrement intéressé car je l'ai trouvé à la fois complet et inspirant. Je suis sûr qu'il te donnera autant d'espoir qu'il m'en a donné.

J’ai 24 ans, je m’appelle Manon et avant tout, merci pour ce blog. Moi aussi, la meilleure période de ma vie était le confinement.

J’ai su que j’étais atteinte d’anxiété sociale ce mercredi 14 octobre 2020. Une simple phrase par ma psychologue « Vous avez déjà entendu parler d’anxiété sociale ? Non ? … Je pense que c’est ça dont vous souffrez. »

Magnésium

Si j’avais su ça des années auparavant, peut-être que ma vie aurait été différente. Peut-être mieux, moins difficile à vivre.

Cette anxiété sociale se manifeste par des maux de ventre au quotidien, des migraines, comme si mes tempes allaient s’entrechoquer ; une mâchoire serrée, si bien que le peu de fois où j’arrivais à ouvrir la bouche pour enfin donner mon avis, je souffrais tellement que l’idée même de rouvrir cette bouche me décourageait. Les maux de ventre… A en vomir le soir, à en avoir la diarrhée du matin au soir. Les mains moites, la gorge nouée. Un léger tremblement, des sueurs.

Je ressens tout ça quotidiennement, plusieurs fois par jour. Par exemple : les réunions, me présenter, présentation d’un sujet devant un groupe, sortie avec un groupe d’amis que je ne connais pas trop… Même avec des amis proches, si des sujets politiques ou sociétaux viennent à s’immiscer dans la conversation, je ressens tous ces symptômes physiques. Combien de fois me suis-je dit que j’étais nulle, que les gens devaient me prendre pour idiote, sans avis, sans culture, invisible comme un phasme.

Je ressens ça depuis toute petite, déjà en primaire, je n’ai jamais pu réciter un poème devant toute une classe, jamais. Au bout de 10 minutes de crise d’angoisse, le maître ou la maîtresse abandonnait. Au collège, j’étais agressive, je préférais 4h de colle et un zéro plutôt que de passer faire un exposé. Pourtant, il était préparé, je savais parfaitement ce que je devais dire, mais les symptômes physiques étaient beaucoup trop présents le jour J.

J’ai découvert en 4eme (à 14 ans) que je préférais les filles. Ça a été une longue descente aux enfers : auto mutilation pendant 2 ans, une TS évitée de justesse grâce à une hospitalisation et (beaucoup) de médicaments. Déjà que mon estime de moi-même était basse, le fait d’être homosexuelle m’a encore plus déprimée ; j’avais l’impression que ma mort était le plus beau cadeau pour ma famille.

Au lycée, les symptômes se sont aggravés, car la pression s’est accentuée, surtout en Terminale, avec les bacs blancs etc. Quand j’ai expliqué ce qu’il se passait à mon médecin généraliste, il a tout de suite pensé à une tumeur au cerveau. Après de multiples examens médicaux, il s’est avéré que c’était « psychologique ». Maintenant que ce mot était sorti, tout le monde était soulagé et on m’a laissé seule, m’expliquant que ça allait passer. « Le stress, tout le monde en a, il faut juste apprendre à vivre avec. »

Les années ont défilé, j’avais l’habitude de prendre des bêtabloquants ou des Serestas avant les exposés pendant mes années d’études supérieures. J’étais très nulle à l’oral, même avec tout un tas de médocs, impossible d’avoir les idées au clair, j’étais préoccupée par des pensées comme « Ils sont en train de me juger, ils pensent que je suis débile, en plus je suis moche, j’ai de l’acné, oh ses yeux sont fixés sur mon nez, en plus j’ai un gros cul, pis je sais même plus ce que je dois dire, ils vont me cracher dessus » bref.

Je pensais que mon stress était dû aux examens, au fait d’être noté, donc jugé. Je vous passe les détails, mais ces années ont été beaucoup de souffrance, je m’absentais parfois une semaine entière juste pour hiberner chez moi, seule et dans le noir, juste pour m’apaiser. Une sorte de burn out émotionnel très fréquent. Je pensais que tout ça serait fini dans le « monde d’après », le monde du travail.

Au final, ça a empiré mon mal être. J’ai eu la « bonne » idée de choisir comme premier job, un travail de commercial. Rien que d’y penser, j’ai la boule au ventre. C’était horrible, j’ai tenu 6 mois, mais je n’ai jamais autant bu, fumé et pris d’anxios de ma vie. La prospection par téléphone me stressait, les entretiens avec les clients me donnaient la nausée, et les clients étaient les premiers à voir mon angoisse. Bref, une cata. Mais j’ai tenu, j’ai réussi à vendre des produits, à essayer de me surpasser sans cesse.

Mes jobs suivants, ça a été la même cata. Même si le côté commercial n’était plus présent, il y a forcément des moments où il faut prendre la parole ; les réunions étaient un enfer. Elles étaient deux fois par semaine, et je redoutais à chaque fois le mardi et le jeudi, jours des réunions. Idem quand il fallait parler avec le manager, les figures d’autorité m’ont toujours beaucoup trop perturbée.

Alors du coup, je change souvent de job. J’ai toujours l’impression qu’il ne me convient pas, mais j’ai finalement compris le problème : le problème vient de moi.

Bref, j’ai décidé d’aller voir une psy grâce à ma super chérie. C’est elle qui me l’a conseillé, pensant que ça me ferait du bien. Et elle avait raison. J’ai eu la chance de tomber sur une psy qui me convient dès le premier essai. Elle me comprend, et a mis des mots sur mes maux : trouble de l’anxiété sociale. Pour l’instant, elle me fait passer des tests pour savoir à quel « degré » d’anxiété je suis atteinte. En plus de ça, j’ai beaucoup de peurs, liées aux jugements des autres. Je me sens sans cesse jugée, et forcément ça impacte mes relations avec les autres et ma vie au quotidien, m’interdisant de faire plein de choses, de peur du regard des autres.

Bref, apparemment ma psychothérapie va permettre de m’affirmer, de me donner confiance en moi, et de changer ma vision des autres, de dédramatiser leurs regards. D’arrêter de survivre, et enfin vivre.

Même si ce témoignage semble long (excusez-moi), il est court pour raconter 24 ans de survie et des anecdotes à la pelle liées à cette anxiété. J’espère en tout cas qu’il permettra à d’autres personnes de se sentir moins seules. Et si jamais il n’est pas publié, alors cela m’aura au moins aidée, cela fait du bien de raconter un peu sa vie parfois :-)

Merci pour ce blog, merci de donner une visibilité à ce problème bien trop intériorisé.

J'aimerais remercier très chaleureusement Manon, qui a eu le courage de partager son témoignage avec nous. Il est souvent difficile de parler de soi, c'est encore plus vrai quand on souffre d'anxiété sociale. Alors merci, et bravo !

Ce que je retiens de ce témoignage, c'est la réaction du médecin généraliste, qui, comme beaucoup de médecins, n'était pas formé à reconnaître certains troubles psychologiques. Je retiens aussi le soulagement que semble avoir éprouvé Manon lorsqu'un diagnostic a été posé par sa psychologue sur son trouble. Je lui souhaite du courage pour la suite de sa thérapie, mais à mon avis, les années les plus difficiles sont derrière elle !

Si toi aussi tu souffres d'anxiété sociale ou de phobie sociale, tu peux m'envoyer ton témoignage par e-mail à l'adresse valentin@anxiete-sociale.fr.

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